Jaufré Rudel (1113-1170)
Recueil: chansons

Quand le ru de la fontaine



Quand le ru de la fontaine                            --- Version originale
À la saison s’éclaircit;
Que naît la fleur d’églantier
Et qu’au bois le rossignol
Module, répète, affine
Sa chanson qu’il veut parfaite,
Je dois reprendre la mienne.

Amour de terre lointaine,
Pour vous j’ai le cœur dolent,
Et n’y puis trouver remède
Si je n’entends votre appel,
Par attrait de douce union,
En verger ou sous courtine,
Avec l’amie désirée.

Si mon cœur n’en a pouvoir,
Ce n’est merveille qu’il brûle :
Dieu n’a point voulu qu’on vît
Jamais plus belle chrétienne,
Ni juive ni Sarrazine…
Il est bien nourri de manne
Qui gagne un peu son amour!

Mon désir sans fin n’aspire
Qu’à elle seule entre toutes.
Mon vouloir, je crois, m’abuse,
Si me la prend Convoitise :
Car plus poignante est qu’épine
Douleur que Joie guérira,
Mais ne veux pas qu’on m’en plaigne.

Et sans bref de parchemin
J’envoie ce vers que l’on chante
En simple langue romane,
À Uc le Brun, par Filhol.
J’aime que ceux du Poitou,
Du Berry et de Guyenne,
Et les Bretons, s’en réjouissent.

 


Jaufré Rudel

 

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